Pourquoi les médecins libéraux sont en colère ?
La LFSS 2026 est pour le monde des soignants libéraux le point de rupture face à une politique de santé qui tend à paupériser et déclasser le système sanitaire français.
L’adoption de la LFSS 2026 (Loi de Financement de la Sécurité Sociale) marque un tournant majeur et préoccupant pour le système de santé français. Derrière une présentation technocratique centrée sur la maîtrise des dépenses, ce texte consacre une rupture profonde : rupture du contrat conventionnel, remise en cause de l’exercice libéral, fragilisation de l’ensemble de la chaîne du soin, et transfert croissant de la charge financière vers les patients.
La médecine libérale, loin d’être un coût abstrait, repose sur des actes médicaux et chirurgicaux réels, engagés dans des situations souvent graves et vécues comme telles par les patients. Pourtant, les politiques actuelles assimilent ces actes à de simples variables comptables, ignorant la réalité économique des cabinets, des établissements, des investissements technologiques et de l’innovation.
Ce document vise à exposer de manière structurée les conséquences de la LFSS 2026 : sur les médecins libéraux, sur la convention médicale, sur les mutuelles, sur les établissements de santé privés, sur les industriels et, in fine, sur l’accès aux soins et la qualité de la médecine en France.
Remise en cause de la négociation conventionnelle et pouvoir unilatéral de la CPAM
La LFSS 2026 marque une rupture historique en autorisant l’Assurance Maladie à modifier unilatéralement les tarifs des actes médicaux en fonction des dépenses constatées. Ce mécanisme vide la convention médicale de sa substance, transformant un cadre négocié en simple outil budgétaire. Il installe une insécurité économique permanente pour les praticiens et remet en cause le principe même d’un exercice libéral conventionné.
Logique punitive fondée sur le volume d’actes et non sur la pertinence médicale
La logique introduite par la LFSS 2026 repose sur une pénalisation du volume d’activité, indépendamment de la pertinence médicale des soins. Le médecin n’est plus évalué sur la qualité ou la nécessité des actes réalisés, mais sur leur impact comptable global. Cette approche est contraire à l’éthique médicale et dangereuse pour l’accès aux soins.
Pénurie de soignants organisée par les pouvoirs publics et renversement de culpabilité
La pénurie actuelle de soignants est le résultat de choix politiques anciens, notamment le numerus clausus. Les médecins encore en exercice compensent cette pénurie par une activité accrue. Les rendre responsables d’un déséquilibre budgétaire qu’ils n’ont pas créé constitue un renversement de culpabilité profondément injuste.
Médecins libéraux : ni fonctionnaires ni salariés de la Sécurité sociale
Les médecins libéraux ne sont ni fonctionnaires ni salariés de la Sécurité sociale. Ils ne perçoivent aucun salaire public. Ils exercent à leurs risques économiques et assument seuls leurs charges, leurs investissements et leurs responsabilités.
Actes NGAP et CCAM : des soins réels, non des salaires
Les actes NGAP et CCAM correspondent à des soins réels, réalisés pour des patients identifiés. La Sécurité sociale ne rémunère pas le médecin, mais rembourse le patient. Confondre remboursement d’actes et salaire public est une erreur utilisée pour justifier des politiques de contrainte.
Les médecins libéraux comme les micro-entreprises sont lourdement taxés
Chaque cabinet libéral fonctionne comme une micro-entreprise : investissements lourds, charges fixes élevées, fiscalité importante, absence de protection sociale complète. Cette réalité est systématiquement ignorée dans le débat public.
Recettes administrées et charges libres : un modèle intenable
Les recettes des médecins sont administrées et plafonnées, tandis que leurs charges augmentent librement avec l’inflation et les normes. Ce déséquilibre rend le modèle économiquement intenable à moyen terme.
Dépassements d’honoraires : une nécessité économique historiquement organisée
Les dépassements d’honoraires ont été introduits pour compenser l’absence de revalorisation des actes. Ils ne constituent ni un abus ni un privilège, mais une condition de survie économique de nombreuses spécialités.
OPTAM : un dispositif vidé de son sens et une sortie contrainte
L’OPTAM, censé améliorer la prise en charge des patients, a perdu son sens avec le désengagement des mutuelles et l’absence de revalorisation promise. De nombreux praticiens ont été contraints d’en sortir pour préserver l’équilibre économique de leur activité suite au dernier avenant injuste qu’a voulu imposer l’assurance maladie.
Désengagement des mutuelles des soins médicaux et chirurgicaux lourds
Les mutuelles se désengagent progressivement du remboursement des dépassements d’honoraires, y compris pour des soins médicaux et chirurgicaux lourds, tout en finançant des prestations non essentielles. Les patients sont les premiers pénalisés.
Argument des contrats responsables : une justification trompeuse
Les mutuelles invoquent les contrats responsables imposés pour justifier ce désengagement. Cet argument est partiellement vrai mais trompeur : ces contrats n’imposent pas d’abandonner les soins lourds, il s’agit de choix stratégiques contraires à l’intérêt des patients.
Notion de rentes médicales et baisses tarifaires dans les disciplines techniques
La qualification de certaines activités médicales comme des rentes nie les investissements massifs nécessaires à ces disciplines avec la creation de centres médicaux secondaires. Les baisses tarifaires répétées tendent à décourager l’investissement et menacer l’offre de soins.
Établissements de santé privés : tarifs réglementés, déficits et marchandisation périphérique
Les établissements privés voient leurs tarifs baisser dès qu’un résultat positif est atteint, malgré des charges croissantes. Beaucoup compensent par la vente de services annexes, au détriment du soin.
Pression sur les industriels de santé et baisse des prix des implants
Les industriels subissent des baisses de prix importantes sur les implants et dispositifs médicaux, sans prise en compte des coûts de R&D et de certification. Cette pression fragilise l’innovation française et l’accès à l’innovation étrangère.
Risque de non-commercialisation des innovations et déclassement sanitaire
Face à cette pression, certains industriels renoncent à commercialiser en France les gammes les plus innovantes. Ce phénomène contribue à un déclassement progressif du système de santé français.
Inflation des normes et contraintes administratives : une pollution du soin et une rupture de la relation médecin-patient
Au-delà des contraintes économiques, l’exercice médical libéral est aujourd’hui étouffé par une inflation continue des normes et obligations administratives. Protocoles, indicateurs, traçabilité excessive, certifications, reportings, contrôles multiples et procédures chronophages s’accumulent sans qu’un bénéfice clair et démontré pour le patient ne soit établi. Cette sur-administration transforme progressivement l’acte médical en acte bureaucratique.
Cette bureaucratisation croissante détourne le médecin de son cœur de métier : le soin. Elle consomme un temps médical précieux, génère une fatigue administrative majeure et impose une organisation de la consultation dictée par des exigences réglementaires plutôt que par les besoins cliniques. Le patient se retrouve face à un médecin moins disponible, accaparé par des écrans, des formulaires et des obligations normatives qui ne répondent pas à son attente fondamentale : être écouté, examiné, expliqué et soigné.
Cette inflation normative contribue directement à la perte de sens de l’exercice médical, à l’épuisement professionnel des soignants et à une déshumanisation progressive du soin. En éloignant le médecin de son patient, elle fragilise la qualité des prises en charge, altère la relation de confiance et participe pleinement à la crise actuelle du système de santé, sans jamais en traiter les causes profondes.
Conclusion générale – Une politique de santé qui organise le déclassement
En fragilisant chaque maillon de la chaîne du soin — médecins, établissements, mutuelles et industriels —la politique sanitaire en France et la LFSS 2026 ne construit pas une économie durable, mais organise une désorganisation progressive du système de santé. La pénalisation de l’investissement, la part sans cesse croissante de l’administratif, la stigmatisation des dépassements d’honoraires et la compression de l’innovation conduisent à une perte de qualité du soin, une contraction de l’offre et une rupture de confiance des patients.
La médecine et la chirurgie ne sont pas des coûts abstraits. Elles correspondent à des moments graves de la vie des patients. Asphyxier la médecine libérale et décourager l’innovation, ce n’est pas défendre la solidarité nationale, c’est organiser le déclassement sanitaire de la France.
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